L'Élevage

Non, les méga-poulaillers n’existent pas en France

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Dans le débat public, l’expression « méga-poulaillers » revient parfois. Pourtant, elle ne correspond pas à la réalité des élevages français. Les élevages de volailles en France sont de taille humaine et restent nettement plus petits que ceux de nombreux concurrents européens et mondiaux.

La filière française des volailles de chair repose sur un modèle diversifié, familial et ancré dans les territoires. Poulets, dindes, pintades, canards, oies, coquelets, pigeons ou cailles : la France produit une grande variété d’espèces, avec plusieurs modes d’élevage, du standard au Label Rouge, en passant par le Bio, l’AOP ou encore les productions certifiées.

Des élevages français de taille modeste

Les élevages français sont 4 à 5 fois plus petits que ceux de leurs principaux concurrents européens.

Même parmi les plus grands élevages français, la moyenne est de 64 000 volailles, toutes espèces confondues. À l’échelle de l’Union européenne, cette moyenne atteint 125 000 volailles.

Ces grands élevages restent peu nombreux : ils représentent seulement 6 % des élevages français et assurent 28 % des volumes produits. Cela signifie que 72 % des volailles françaises sont élevées dans des structures encore plus petites.

En moyenne, un élevage français compte environ 40 000 volailles, réparties sur deux poulaillers. Cette organisation permet de rémunérer un éleveur à temps complet.

La France est loin des grands modèles observés ailleurs

La taille des élevages français reste très éloignée de celle observée dans certains pays européens. En Roumanie, par exemple, les plus gros élevages comptent en moyenne 400 000 animaux. Ils ne représentent que 0,3 % des élevages du pays, mais produisent 97 % des volailles roumaines.

À l’échelle mondiale, certains ensembles de bâtiments peuvent réunir jusqu’à 2 millions de volailles, notamment en Ukraine, au Brésil ou en Thaïlande.

Le modèle français ne correspond pas à l’image de très grands élevages concentrés.

Pourquoi la France a besoin de nouveaux poulaillers

Depuis 2024, la volaille est la première viande consommée en France. Pourtant, plus de 1 poulet sur 2 consommé aujourd’hui est importé.

L’objectif de la filière est de passer à moins de 1 poulet sur 3 importé. Pour y parvenir, la France doit renforcer sa production locale. Cela suppose de construire 2 200 poulaillers d’ici 2035, soit environ 2 à 3 poulaillers par département et par an pendant 10 ans.

L’enjeu est simple : permettre aux consommateurs d’accéder plus facilement à une volaille française de qualité, produite dans les territoires, selon des règles exigeantes.

Simplifier les démarches ne signifie pas baisser les exigences

Le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles vise à simplifier certaines démarches administratives pour les porteurs de projet.

Cette simplification ne remet pas en cause les normes environnementales, sanitaires ou de bien-être animal. Ces exigences restent parmi les plus strictes au niveau international.

Le seuil européen de 40 000 volailles reste en vigueur. Ce seuil déclenche des obligations environnementales strictes dans le cadre de la directive dite sur les émissions industrielles (IED) et du régime français des installations classées.

Le passage de 40 000 à 85 000 volailles prévu dans la loi d’urgence ne concerne pas ces obligations européennes. Il concerne une procédure supplémentaire propre à la France à un seuil aussi bas : l’évaluation environnementale et l’enquête publique.

Autrement dit, il ne s’agit pas de réduire les exigences environnementales, sanitaires ou de bien-être animal, mais de simplifier les démarches administratives.

Des poulaillers pour la souveraineté alimentaire

La filière française ne cherche pas à construire des « méga-poulaillers ». Elle défend un modèle diversifié, familial et territorial.

L’objectif est de développer des poulaillers adaptés aux besoins du pays, pour produire davantage de volailles françaises et réduire la dépendance aux importations.

Ces nouveaux poulaillers doivent permettre de renforcer la souveraineté alimentaire tout en maintenant les bonnes pratiques d’élevage et le respect d’une réglementation exigeante.